Baisse de libido dans le couple : quand le manque de désir éloigne aussi l’affection

Une baisse de désir sexuel ne signifie pas forcément qu’on n’aime plus son ou sa partenaire. Pourtant, dans le couple, elle peut rapidement avoir des conséquences qui dépassent largement la sexualité. Peu à peu, les câlins, les caresses, les baisers ou les gestes tendres peuvent eux aussi disparaître. Non pas parce que l’affection n’existe plus, mais parce que chaque rapprochement finit par être interprété comme le début possible d’un rapport sexuel.

C’est souvent ainsi qu’une véritable danse relationnelle s’installe : l’un cherche davantage de proximité parce qu’il se sent rejeté, tandis que l’autre s’éloigne parce qu’il redoute que cette proximité soit comprise comme une invitation sexuelle. Plus l’un se rapproche, plus l’autre recule. Et plus l’autre recule, plus le premier ressent le besoin de se rassurer.

Baisse de libido : de quoi parle-t-on vraiment ?

On parle facilement de « baisse de libido » pour désigner toutes les situations dans lesquelles une personne a moins envie de sexualité. Pourtant, plusieurs réalités peuvent se cacher derrière ce terme. On peut avoir moins de désir sexuel de manière générale, continuer à avoir des fantasmes ou à se masturber mais avoir moins envie de sexualité avec son ou sa partenaire, ou encore aimer profondément quelqu’un tout en traversant une période où les rapports sexuels nous attirent peu.

L’amour, l’affection, la sensualité, l’excitation et le désir sexuel ne sont pas la même chose. Ils peuvent évoluer ensemble, mais ce n’est pas toujours le cas. Cette distinction est importante, car dans un couple, « tu ne veux plus faire l’amour avec moi » devient facilement « tu ne me désires plus », puis parfois « tu ne m’aimes plus ». Or ce raccourci est loin d’être systématiquement juste.

Quand le problème ne concerne plus seulement la sexualité

Il est tout à fait normal que deux partenaires n’aient pas toujours le même niveau de désir. Celui-ci varie avec la fatigue, le stress, la santé, les périodes de vie, le contexte familial ou professionnel et, bien entendu, l’histoire du couple. La difficulté apparaît surtout lorsque cette différence commence à modifier la manière dont chacun se comporte avec l’autre.

Imaginons que l’un des partenaires souhaite davantage de sexualité. Il va naturellement chercher à se rapprocher : un baiser, une caresse, un contact au lit, une tentative de rapport. L’autre n’a pas envie et refuse. À force, celui qui initie peut commencer à se sentir rejeté, à douter de son pouvoir de séduction ou à se demander si l’autre l’aime encore. Il va alors souvent chercher encore davantage de signes de proximité.

Pendant ce temps, le partenaire qui ressent moins de désir apprend progressivement que certains gestes affectueux peuvent déboucher sur une attente sexuelle. Le câlin n’est plus simplement un câlin. Le baiser n’est plus seulement un baiser. Se rapprocher dans le lit peut devenir le début d’une situation dans laquelle il faudra ensuite accepter, refuser ou gérer la déception de l’autre. Comme cette personne sait déjà qu’elle ne souhaite probablement pas aller plus loin, elle peut finir par éviter le rapprochement dès le départ.

Quand un câlin devient une invitation sexuelle

C’est probablement l’un des mécanismes les plus importants dans ce type de situation. La personne qui manque de sexualité manque souvent aussi de proximité et va naturellement rechercher davantage de contacts. Mais précisément parce qu’elle manque de sexualité, elle peut donner davantage de sens à ces gestes. Un baiser un peu plus long devient un espoir, une caresse semble annoncer la suite, un rapprochement au lit peut faire penser : « peut-être ce soir ».

L’autre partenaire perçoit cette attente. Il peut alors commencer à surveiller ses propres gestes : « Si je l’embrasse comme ça, il va penser que j’ai envie », « Si je viens me blottir contre elle, elle va croire que je veux aller plus loin », « Si je commence à le caresser, comment vais-je arrêter sans qu’il se sente rejeté ? » Pour éviter le malentendu, la personne finit parfois par éviter le geste lui-même.

La situation devient alors particulièrement douloureuse. Celui qui souffrait déjà du manque de sexualité commence aussi à souffrir d’un manque d’affection. Il cherche donc encore davantage à se rapprocher. L’autre ressent encore davantage de pression et s’éloigne un peu plus. Chacun tente de répondre à sa propre souffrance, mais la réaction de l’un renforce involontairement celle de l’autre.

La pression sexuelle n’est pas toujours volontaire

Lorsqu’on parle de pression sexuelle, on imagine facilement quelqu’un qui insiste ouvertement. Pourtant, elle peut être beaucoup plus discrète. Une déception visible après un refus, un soupir, une remarque, des tentatives répétées ou simplement le sentiment que chaque rapprochement risque de conduire à une attente sexuelle peuvent suffire à modifier la façon dont l’autre vit les gestes de tendresse.

Cela ne signifie pas que la personne qui souhaite davantage de sexualité cherche volontairement à mettre son ou sa partenaire sous pression. Son manque est réel lui aussi. Être régulièrement repoussé peut être difficile à vivre, toucher l’estime de soi et provoquer un véritable sentiment de rejet. Il n’y a donc pas forcément un coupable d’un côté et une victime de l’autre. Il y a souvent deux personnes qui souffrent du même problème, mais depuis deux positions différentes.

C’est pour cette raison que résumer la situation à « la personne qui n’a plus de libido doit régler son problème » fonctionne rarement. Avec le temps, même si la baisse de désir avait au départ une cause individuelle, la difficulté peut devenir profondément relationnelle.

Se forcer ne permet pas forcément de retrouver le désir

Certaines personnes finissent par accepter des rapports pour faire plaisir à leur partenaire, éviter une dispute, le rassurer ou simplement maintenir une certaine fréquence sexuelle. Il faut néanmoins distinguer deux choses : ne pas ressentir une envie très forte avant un rapprochement ne signifie pas forcément que la sexualité sera désagréable. Le désir peut parfois apparaître progressivement au cours de l’échange.

En revanche, avoir des rapports principalement parce qu’on se sent obligé, parce qu’on craint de décevoir l’autre ou parce qu’on se sent responsable de son bien-être est différent. Lorsque la sexualité devient quelque chose qu’il faut accomplir, elle peut progressivement être associée à une contrainte. La personne peut alors commencer à anticiper : « Si j’accepte ce câlin, je vais encore devoir aller jusqu’au bout. » Et l’évitement augmente.

Dans ce type de situation, la priorité n’est donc pas forcément de retrouver rapidement une certaine fréquence de rapports sexuels. Il peut être beaucoup plus utile de comprendre la dynamique qui s’est installée et de commencer par briser cette danse relationnelle.

Et les causes physiques ou psychologiques ?

Une baisse de désir peut évidemment avoir de nombreuses causes : fatigue importante, stress, douleurs, période post-partum, changements hormonaux, ménopause, certains médicaments, troubles de l’humeur, maladie chronique, difficultés sexuelles ou événement de vie particulièrement éprouvant. Lorsqu’une baisse de désir est importante, inhabituelle ou persistante, il peut être pertinent d’en rechercher les causes.

Mais comprendre pourquoi le désir a diminué ne suffit pas toujours à comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans le couple. Une période de fatigue peut expliquer pourquoi une personne a moins envie de sexualité. Elle n’explique pas nécessairement pourquoi, plusieurs mois plus tard, les deux partenaires n’osent presque plus se toucher. Il faut alors s’intéresser aussi à ce que cette baisse de désir a progressivement créé entre eux.

Pourquoi cette dynamique est-elle si difficile à casser ?

Parce que les réactions des deux partenaires sont souvent parfaitement compréhensibles lorsqu’on les regarde séparément. Celui qui se sent rejeté cherche du rapprochement. Celui qui se sent sous pression cherche de la distance. Plus le premier se rapproche, plus le second recule. Plus le second recule, plus le premier ressent le besoin de se rassurer.

Avec le temps, chacun finit par anticiper les réactions de l’autre avant même qu’elles aient lieu. Les gestes deviennent chargés de sens et les intentions sont interprétées. Le couple peut alors énormément parler du problème sans réellement avancer : l’un répète qu’il souffre du manque de sexualité, l’autre qu’il souffre de sentir cette attente permanente. Chacun a le sentiment que son besoin n’est pas entendu.

Le problème n’est donc pas forcément que le couple « ne communique pas ». Il peut au contraire avoir la même conversation depuis des mois, mais sans parvenir à sortir du fonctionnement qui entretient la difficulté.

Retrouver une proximité qui ne soit pas automatiquement sexuelle

Lorsque la baisse de désir a fini par contaminer toute la proximité du couple, l’enjeu n’est pas forcément de remettre immédiatement les rapports sexuels au centre. Il peut d’abord être nécessaire de retrouver la possibilité de se toucher sans que chaque geste soit interprété comme une promesse.

Pouvoir prendre son partenaire dans les bras sans qu’un rapport soit attendu. Pouvoir embrasser sans devoir immédiatement décider si l’on souhaite aller plus loin. Pouvoir exprimer du désir sans que l’autre soit obligé d’y répondre. Pouvoir refuser une activité sexuelle sans que ce refus soit interprété comme le rejet de la personne entière.

Mais cela suppose aussi d’entendre la souffrance du partenaire qui manque de sexualité. Lui dire simplement « arrête de mettre la pression » ne résout pas davantage le problème. L’objectif est plutôt de recréer progressivement un espace dans lequel le oui comme le non peuvent exister sans mettre en danger le lien affectif.

Quand consulter un sexologue ou un thérapeute de couple ?

Une consultation peut être particulièrement utile lorsque les discussions tournent en boucle, lorsque l’un des partenaires commence à éviter presque toute proximité ou lorsque les refus sexuels sont progressivement vécus comme des preuves de désamour.

Le travail thérapeutique ne consiste pas à déterminer qui a raison, ni à convaincre la personne qui ressent le moins de désir d’avoir davantage de rapports. Il permet notamment de comprendre la dynamique qui s’est installée, de donner une place au vécu des deux partenaires et de différencier à nouveau sexualité, affection, sensualité et besoin de réassurance.

Il peut également permettre d’explorer ce qui a pu modifier le désir et ce que chacun associe désormais au rapprochement physique. Parfois, la première étape n’est donc pas de retrouver davantage de rapports sexuels. C’est de permettre au couple de retrouver une proximité qui ne soit ni une dette, ni une promesse, ni une source d’inquiétude. C’est souvent à partir de là que la question du désir peut enfin être travaillée autrement.

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